Depuis un traumatisme, j’évite de plus en plus qu’on me touche : comment retrouver de l’intimité sans me forcer ?
Si, depuis un traumatisme, vous évitez de plus en plus qu’on vous touche, j’aimerais d’abord vous dire ceci : vous n’avez rien à prouver en acceptant davantage de contact.
Je sais combien cela peut être déroutant d’avoir envie de tendresse et de sentir, au même instant, son corps se raidir, reculer ou se figer. Une partie de vous sait que le contexte a changé. Une autre réagit encore comme si elle devait vous protéger. Ce n’est pas un rejet de l’autre. Ce n’est pas non plus la preuve que l’intimité est devenue impossible.
Le chemin ne consiste pas à forcer votre corps à supporter le toucher. Il consiste à lui redonner une expérience essentielle : ici, vous pouvez choisir.
Ne recommencez pas par ce qui vous fait peur
Dans ces situations, on pense facilement qu’il faudrait se réhabituer au contact. Je vous inviterais plutôt à faire presque l’inverse : partir de ce que votre corps peut accueillir aujourd’hui sans devoir lutter.
Cela peut être s’asseoir près de quelqu’un, laisser vos épaules se toucher, prendre une main pendant quelques secondes ou simplement partager le même espace. Ce n’est pas « trop peu ». C’est déjà de l’intimité si ce moment vous fait du bien.
Vous pouvez aussi décider que, pendant quelque temps, ce sera vous qui initierez les gestes, choisirez l’endroit où vous souhaitez être touché.e et indiquerez quand le contact doit s’arrêter. Pas comme un protocole rigide, mais pour ne plus avoir à guetter la prochaine main qui pourrait s’approcher.
L’intimité ne se mesure pas à la quantité de contact
Ne pas vouloir être touché.e à un moment donné ne signifie pas renoncer au lien. Vous pouvez dire : « J’ai envie d’être avec toi, mais je préfère qu’on ne se touche pas maintenant. » Vous pouvez avoir envie de parler, de vous regarder, de rire ensemble ou de rester côte à côte.
Et si votre corps dit non après avoir d’abord dit oui, vous pouvez vous arrêter. Ce changement d’avis n’efface ni votre désir de proximité ni l’affection que vous ressentez.
Si le toucher déclenche des flashbacks, des moments d’absence, une panique intense ou un évitement qui prend de plus en plus de place, je vous encourage vraiment à consulter un.e professionnel.le formé.e au psychotraumatisme. Vous méritez d’avancer avec un accompagnement qui respecte votre rythme, vos limites et votre pouvoir de décision.
S’il y a une chose à retenir…
Retrouver de l’intimité après un traumatisme ne commence pas lorsque vous réussissez à tolérer davantage de contact. Cela commence lorsque vous sentez que votre oui, votre non et votre changement d’avis ont la même valeur. C’est en retrouvant cette liberté que la douceur peut, peu à peu, reprendre sa place.

Pour vous Envie d’aller plus loin ?
Cet article fait partie du dossier consacré aux psychotraumatismes et à la vie intime.
👉 PSYCHOTRAUMATISMES ET VIE INTIME
Vous y retrouverez d’autres repères pour comprendre les réactions de protection, retrouver de la sécurité et préserver votre liberté dans l’intimité.
Pour les pros Envie d’approfondir ?
Cet article peut aussi nourrir l’accompagnement des personnes dont les réactions post-traumatiques modifient le rapport au toucher, au consentement et à la sécurité corporelle.
👉 DOSSIER CLINIQUE : PSYCHOTRAUMATISMES ET VIE INTIME
Vous y retrouverez des repères cliniques et des ressources pour soutenir une reprise de pouvoir d’agir sans imposer de récit, de rythme ni d’exposition.
À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.
