Formations, outils thérapeutiques et ressources cliniques pour les professionnel.le.s
En consultation, une personne peut arriver avec une conclusion déjà posée : « Je suis addict au sexe. » Une autre s’inquiète d’un fantasme ou d’une pratique qu’elle juge anormale. Ces mots nous alertent, mais ils ne nous disent pas encore ce qui se joue.
Avant de chercher à diminuer un comportement ou à faire entrer une expérience dans une catégorie, plusieurs questions méritent d’être séparées. La personne garde-t-elle une marge de choix ? Quelles conséquences observe-t-elle dans sa vie ? Sa souffrance vient-elle du fonctionnement lui-même ou surtout du regard moral posé sur lui ? Le consentement, la sécurité et le respect d’autrui sont-ils préservés ?
C’est souvent à cet endroit que l’anamnèse change de profondeur.

Avoir beaucoup de désir, se masturber souvent ou regarder régulièrement de la pornographie peut inquiéter. Pourtant, la fréquence seule ne nous dit pas si la sexualité est devenue compulsive.
Le repère le plus utile est la marge de choix. Lorsque la personne souhaite faire autrement, y parvient-elle encore ? Le comportement prend-il le pas sur d’autres dimensions de sa vie, malgré des conséquences qu’elle ne veut plus subir ?
La CIM-11 parle de trouble du comportement sexuel compulsif et précise qu’une souffrance entièrement liée à un jugement moral ne suffit pas à le caractériser.
La question n’est donc pas seulement : « Combien de fois ? » Elle devient : « Que se passe-t-il lorsque cette personne souhaite choisir autrement ? »
Accueillir le mot « addiction » sans le reprendre comme une conclusion permet d’explorer séparément la perte de contrôle, le retentissement, la fonction du comportement, le contexte, le consentement et la sécurité. Deux comportements semblables peuvent alors raconter des réalités très différentes.
J’ai été vraiment heureuse lorsque Valérie Doyen a accepté de construire cette formation pour SexoPositive. C’était une merveilleuse nouvelle : sur un sujet où les repères peuvent vite sembler fragiles, elle allait proposer un chemin très structuré et, surtout, résolument pratique.
Valérie Doyen au colloque annuel 2025 de la SSUB, consacré aux cas atypiques en sexologie.
Depuis 2004, Valérie accompagne des personnes confrontées à des difficultés sexuelles. Elle exerce en cabinet privé et au Planning familial Le 37 à Liège, enseigne à l’UCLouvain et supervise des sexothérapeutes.
Sa transmission est très concrète : organiser l’anamnèse, éprouver les hypothèses et repérer quand une orientation spécialisée devient nécessaire. Elle a également partagé ce travail lors du colloque 2025 de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Formation spécialisée : La prise en charge sexologique des addictions sexuelles et des paraphilies
Ce qui m’a particulièrement plu dans la proposition de Valérie, c’est que les repères ne restent pas au niveau de la théorie. Ils sont mis au travail à travers un support d’anamnèse, des questions concrètes et plusieurs vignettes cliniques.
La formation aide à structurer l’exploration, à construire des objectifs ajustés avec la personne et à repérer quand la coordination, la supervision ou l’orientation spécialisée font partie de la prise en charge.
L’écart par rapport à une norme sociale ne suffit pas à faire d’un intérêt, d’un fantasme ou d’une pratique un trouble.
Lorsqu’une expérience concerne des adultes capables de consentir, il reste essentiel de situer la souffrance. Vient-elle de l’expérience elle-même, d’un risque réel ou surtout de la honte et de la stigmatisation qui l’entourent ? Une pratique atypique et consentie n’appelle pas automatiquement un objectif de normalisation.
Lorsqu’une situation implique une personne non consentante ou incapable de consentir, ou qu’elle comporte un risque important de préjudice, la protection, l’évaluation du risque, le cadre légal et l’orientation spécialisée deviennent prioritaires.
Accueillir sans humilier ne signifie pas que tout se vaut. Cela signifie regarder la situation avec précision : sans transformer la différence en maladie, et sans banaliser ce qui met une personne en danger.
Lorsqu’un comportement est devenu envahissant, la demande peut se formuler très vite : « Je veux que cela s’arrête. » Cette demande mérite d’être entendue. Elle gagne aussi à être replacée dans une compréhension plus large : que se passe-t-il avant le comportement, qu’apporte-t-il à court terme et que coûte-t-il ensuite ?
Les objectifs peuvent alors devenir plus précis : retrouver une marge de choix, diminuer les conséquences ou les risques, travailler une difficulté associée, développer d’autres façons de réguler certaines émotions ou coordonner plusieurs intervenant.e.s. L’abstinence n’est pas un objectif automatique. La sécurité, le consentement et ce que la personne souhaite réellement pouvoir vivre restent la boussole.
Ces articles peuvent prolonger la psychoéducation lorsque la personne s’inquiète surtout de la fréquence de ses comportements sexuels ou se reconnaît dans le mot « addiction ».