La fréquence ne suffit pas à parler d’addiction
« Je me masturbe très souvent. Est-ce que je suis addict ? »
C’est une question que j’entends régulièrement en consultation. Et je comprends très bien pourquoi. Lorsqu’un comportement se répète très régulièrement, il est naturel de se demander s’il est encore « normal ».
Pourtant, si vous me posiez cette question dans mon cabinet, je ne commencerais probablement pas par vous demander combien de fois vous vous masturbez.
Je vous demanderais plutôt : Qu’est-ce que la masturbation représente pour vous ?
Les questions que je me poserais en consultation
Et je vous inviterais à vous poser les mêmes questions.
Est-ce un comportement que vous choisissez librement ou avez-vous parfois l’impression qu’il s’impose à vous ?
Une fréquence élevée ne signifie pas nécessairement qu’il existe une addiction. En revanche, avoir le sentiment de ne plus vraiment choisir, de se sentir poussé à se masturber malgré soi ou de ne pas réussir à résister à l’envie sont des éléments qui méritent davantage d’attention.
L’une des caractéristiques d’un comportement addictif est précisément cette impression de perdre progressivement sa liberté de choisir.
Avez-vous déjà essayé de diminuer sans y parvenir ?
Beaucoup de personnes décident un jour de réduire la fréquence de leurs masturbations… puis constatent qu’elles reprennent rapidement leurs habitudes malgré leurs bonnes résolutions. Ce n’est pas l’échec ponctuel qui est préoccupant mais le fait de répéter ces tentatives sans parvenir durablement à reprendre le contrôle.
C’est cette difficulté persistante, davantage que le nombre de masturbations, qui peut évoquer un comportement addictif.
Pourquoi vous masturbez-vous ?
La masturbation peut avoir de nombreuses fonctions. Elle peut être une source de plaisir, faciliter l’endormissement, aider à diminuer le stress ou encore permettre d’explorer sa sexualité. Toutes ces raisons sont fréquentes et ne sont pas problématiques en elles-mêmes.
En revanche, lorsqu’elle devient la seule façon de gérer des émotions difficiles ou qu’elle est utilisée de manière répétée pour échapper à une souffrance psychique, cela mérite davantage d’attention.
Les conséquences sont souvent plus importantes que la fréquence
Enfin, je m’intéresserais aussi aux conséquences que cette masturbation a dans votre quotidien.
- Est-ce qu’elle vous met régulièrement en retard ?
- Vous est-il déjà arrivé d’annuler une activité pour pouvoir vous masturber ?
- Crée-t-elle des tensions dans votre couple ?
- Vous est-il arrivé de vous blesser ou d’avoir des douleurs parce que vous vous masturbez de façon répétée ?
Ce sont ces éléments qui m’alertent bien davantage que la fréquence de la masturbation.
S’il y a une chose à retenir…
Se masturber très souvent ne suffit pas à parler d’addiction.
Ce qui attire l’attention des professionnels n’est pas tant le nombre de masturbations que la place qu’elles occupent dans votre vie. Une addiction se caractérise avant tout par une perte de liberté face au comportement, la souffrance qu’il provoque et les conséquences qu’il entraîne dans le quotidien.

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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.