À force d’avoir mal, est-ce normal que je n’aie plus envie de faire l’amour ?
Vous aviez encore envie au début. Puis les rapports douloureux se sont répétés. Aujourd’hui, un rapprochement, une caresse ou la possibilité d’une pénétration suffit parfois à vous tendre. L’envie s’éteint avant même que l’intimité commence.
Si c’est ce qui vous arrive, j’aimerais vous donner un repère : oui, cette baisse du désir peut se comprendre. Elle concerne parfois surtout la pénétration et parfois les moments d’intimité. Elle ne signifie pas forcément que vous n’aimez plus votre partenaire, que vous ne le ou la trouvez plus attirant.e ou que votre désir est définitivement perdu.
Quand l’anticipation de la douleur prend la place de l’envie
Pour comprendre ce qui se passe, je vous propose de déplacer légèrement la question. Regardons aussi ce que votre corps a appris au fil des expériences.
Si votre corps a appris qu’un rapport sexuel risque de faire mal, votre attention peut rapidement se tourner vers ce danger : « Est-ce que cela va recommencer ? Est-ce que je vais réussir à me détendre ? Comment arrêter sans décevoir l’autre ? »
Ces réactions se combinent différemment selon les personnes. La vigilance peut laisser moins de place à l’excitation et au plaisir. Le désir, l’excitation et la lubrification ne sont pas une seule et même chose, mais l’appréhension peut les perturber. Elle s’accompagne parfois d’une tension du plancher pelvien, qui rend la pénétration encore plus inconfortable. La douleur nourrit alors l’appréhension, qui peut renforcer l’évitement.
Ce cercle ne prouve pas que la douleur est « dans votre tête ». Une douleur sexuelle peut avoir des causes corporelles, médicales, hormonales ou liées au fonctionnement du plancher pelvien. Mais même lorsque sa cause initiale a été traitée, la peur qu’elle revienne peut continuer à influencer le désir.
Autrement dit, cette baisse d’envie ne dit pas forcément : « Je ne veux plus de sexualité. » Elle peut plutôt signifier : « Je ne veux plus revivre ce qui me fait mal. » Je trouve ce déplacement important : ce qui ressemble à une panne du désir peut aussi être une réaction de protection.
Retirer la pression plutôt que se forcer à retrouver l’envie
Dans cette situation, je préfère parler de sécurité à retrouver plutôt que de désir à récupérer. Le retour de l’envie ne devrait pas devenir une nouvelle performance. Se forcer à poursuivre une pratique douloureuse risque surtout de renforcer l’association entre intimité et douleur.
Vous pouvez, si vous en avez envie, remettre provisoirement la pénétration ou toute autre pratique douloureuse en dehors du scénario. Les caresses, les baisers, les massages, la sensualité ou les pratiques qui restent agréables peuvent exister pour elles-mêmes, sans devoir conduire plus loin. Un accord explicite peut aider : ce moment n’aboutira pas à une pénétration et chacun.e pourra l’arrêter ou le modifier à tout instant.
L’objectif n’est pas de vous exposer à ce que vous redoutez, mais de redonner à l’intimité une chance d’être associée au choix, à la sécurité et, lorsque c’est possible, au plaisir.
Prendre soin de la douleur reste essentiel
Si la douleur est fréquente, persistante, importante ou nouvelle, parlez-en à un.e professionnel.le de santé. Un bilan peut en rechercher les causes. Selon la situation, l’accompagnement peut associer un suivi médical, une kinésithérapie du plancher pelvien et un soutien sexologique ou psychologique. Vous pouvez aussi consulter pour le retentissement de la douleur, même si sa cause médicale est déjà connue.
S’il y a une chose à retenir…
Après des expériences sexuelles douloureuses répétées, une baisse du désir peut être une réaction compréhensible. Elle ne dit pas à elle seule ce que vous ressentez pour votre partenaire et ne condamne pas votre vie sexuelle. La priorité n’est pas de vous obliger à avoir de nouveau envie, mais de prendre soin de la douleur et de recréer des expériences intimes dans lesquelles vous gardez le choix.

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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.
