« L’idée de sexualité ne me traverse pas du tout. » Cette phrase, je l’entends régulièrement chez des personnes qui traversent une dépression. Quand elles m’expliquent ce qui se passe ailleurs dans leur vie, elles décrivent souvent le même manque d’élan : plus envie de sortir, de voir quelqu’un, de commencer un projet ou même de faire quelque chose qu’elles aimaient auparavant.
Le désir sexuel peut alors devenir une inquiétude supplémentaire. Est-ce la dépression qui l’a fait taire ? Est-ce que cela dit quelque chose de la relation ou des sentiments ?
Oui, la dépression peut faire presque disparaître le désir sexuel. Pas chez tout le monde, pas de la même façon et pas forcément pour toujours.
La dépression peut mettre tous les désirs en sourdine
La dépression ne se résume pas à une profonde tristesse. Elle peut aussi diminuer l’intérêt, l’énergie, l’anticipation et la capacité à se mettre en mouvement. Dans ce contexte, la sexualité n’est pas un domaine isolé. Quand traverser la journée mobilise déjà beaucoup de ressources, il reste parfois peu de disponibilité pour laisser naître une pensée érotique ou sentir une envie grandir.
Ce silence du désir n’est donc ni un manque de volonté, ni la preuve que l’on n’aime plus.
Le désir sexuel peut revenir à son propre rythme
Les recherches montrent que les difficultés sexuelles sont fréquentes dans la dépression, avant même la prise d’un traitement, et qu’elles peuvent s’améliorer lorsque l’état dépressif s’allège. Elles ne permettent pas d’établir un ordre identique pour tout le monde.
Dans mon expérience clinique, j’observe souvent que de petits désirs du quotidien réapparaissent avant le désir sexuel : revoir quelqu’un, sortir, reprendre une activité. Puis l’intimité retrouve peu à peu une place. Ce n’est pas une règle, mais cela évite d’interpréter trop vite un désir encore discret comme le signe que rien ne va mieux.
De quoi pourriez-vous avoir envie aujourd’hui ?
Plutôt que de vous demander si votre désir sexuel est enfin revenu, je vous propose une question plus douce : « De quoi pourrais-je avoir envie aujourd’hui dans le domaine de l’intimité ? »
Ce peut être être pris.e dans les bras, recevoir une caresse, partager un massage, explorer quelque chose de plus sexuel ou ne rien vouloir pour le moment. Il ne s’agit pas d’enclencher une progression, mais de respecter ce qui est présent et de laisser les envies agréables prendre, peut-être, un peu plus de place avec le temps.
Si cette absence de désir vous inquiète, ou si un traitement peut aussi y contribuer, parlez-en au ou à la professionnel.le qui vous accompagne.
S’il y a une chose à retenir…
La dépression peut étouffer le désir sexuel comme bien d’autres élans. Ce silence ne dit pas, à lui seul, que vos sentiments ont changé. Vous pouvez repartir de ce qui vous fait envie aujourd’hui, même si cette envie est minuscule, sans demander à votre désir de revenir sur commande.

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Cet article fait partie du dossier consacré à la dépression et à la vie intime.
Vous y retrouverez d’autres repères pour comprendre les effets de la dépression sur le désir, le corps et la relation, sans réduire votre intimité à un symptôme.
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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.
