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Les antidépresseurs peuvent-ils expliquer ma baisse de libido ?

Alexandra Hubin

Par Alexandra Hubin, Dre en Psychologie et Sexologue clinicienne
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Quand la libido change après le début d’un antidépresseur, il est tentant de tenir immédiatement le médicament pour responsable. Cette hypothèse mérite d’être prise au sérieux, mais elle ne raconte pas toujours toute l’histoire.

Oui, certains antidépresseurs peuvent diminuer le désir ou modifier la réponse sexuelle. Mais la dépression elle-même peut déjà peser sur la sexualité. Et chez certaines personnes, le traitement produit le mouvement inverse : parce qu’elles vont mieux, elles retrouvent aussi une disponibilité pour leurs désirs sexuels.

Le traitement peut peser sur plusieurs dimensions

Selon la molécule et la personne, il peut y avoir moins de pensées érotiques, un désir qui démarre moins facilement, une excitation plus lente, une lubrification moins présente, une érection plus difficile à maintenir ou un orgasme retardé, atténué ou absent. Les médicaments à action fortement sérotoninergique sont plus souvent associés à ces effets, même si toutes les personnes ne les ressentent pas.

Ces changements peuvent apparaître au début du traitement, après une modification de dose ou devenir plus visibles lorsque d’autres symptômes commencent à s’améliorer. La santé sexuelle mérite alors d’être intégrée à l’évaluation du traitement.

Parfois, aller mieux permet aussi au désir de revenir

C’est un versant que j’entends moins souvent nommé, alors que je le rencontre aussi en consultation. Des personnes me racontent qu’en retrouvant de l’énergie, des projets et une présence à leur corps, elles se reconnectent également à leurs désirs sexuels malgré le traitement.

La littérature confirme cette double réalité. La dépression peut altérer la sexualité avant toute prise de médicament. Au cours d’un traitement efficace, certaines études observent une amélioration de la fonction sexuelle en parallèle de l’amélioration dépressive, tandis que le médicament peut aussi provoquer ou maintenir des difficultés.

Regardez ce qui s’est passé dans le temps

Votre désir avait-il déjà changé avant la prescription ? Qu’est-ce qui s’est modifié depuis le début du traitement ou une adaptation de la dose ? Vos envies reviennent-elles dans d’autres domaines ? Le changement concerne-t-il surtout le désir, l’excitation ou l’orgasme ?

Ces repères ne permettent pas de poser seul.e un diagnostic, mais ils donnent une matière précise à apporter au rendez-vous médical.

N’arrêtez pas le traitement et ne sautez pas de prises pour vérifier votre hypothèse. Cela peut provoquer des symptômes de sevrage et exposer à une rechute. Le ou la professionnel.le qui le prescrit pourra réévaluer avec vous la chronologie, la dose, les autres médicaments et les options possibles.

S’il y a une chose à retenir…

Un antidépresseur peut contribuer à une baisse de libido, mais il peut aussi, en soulageant la dépression, permettre au désir de retrouver une place. L’enjeu est de décrire précisément ce qui a changé et d’en parler sans modifier seul.e le traitement.

Signature Alexandra Hubin

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À propos de l’auteure

Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.


Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.

Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Alexandra HubinElle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.

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