« On s’entend bien, on se plaît, on n’a pas envie de se mettre en couple… alors pourquoi ne pas profiter du sexe entre amis ? » Sur le papier, la formule semble presque évidente. Et elle peut réellement être joyeuse, légère et respectueuse. À une condition : ne pas demander au silence de faire le travail de la conversation.
Je préfère vous le dire d’emblée : profiter sereinement du sexe entre amis ne signifie pas ne jamais ressentir d’émotions, ne jamais hésiter ou tout prévoir à l’avance. Cela signifie surtout pouvoir parler de ce que l’on vit, ajuster l’accord lorsque quelque chose change et rester libre de dire oui, non, pas maintenant ou plus comme avant.
La légèreté n’interdit pas la clarté
Il n’est pas nécessaire de transformer la relation en négociation permanente. Mais quelques questions méritent d’être posées : que représente cette intimité pour chacun.e ? La relation est-elle exclusive ou non ? Souhaite-t-on savoir s’il y a d’autres partenaires ? Que fait-on si l’un.e s’attache davantage, rencontre quelqu’un ou n’a simplement plus envie ?
Ces réponses ne constituent pas un contrat définitif. Elles donnent un point de départ commun. Dans les recherches sur les relations sexuelles entre ami.e.s, la communication, la définition de la relation et les limites sexuelles apparaissent d’ailleurs parmi les règles que les personnes mettent le plus souvent en place. Cela ne garantit pas qu’aucune difficulté ne surviendra, mais cela réduit le risque que chacun.e avance avec une histoire différente en tête.
Les émotions ne sont pas une faute de parcours
On entend parfois qu’il faudrait ne « rien ressentir » pour que ce type de relation fonctionne. Mais l’affection est déjà présente dans une amitié, et le désir, l’attachement ou les attentes peuvent évoluer. Ce n’est ni un échec ni la preuve que l’un.e a forcément manipulé l’autre.
Ce qui devient douloureux, c’est plutôt de devoir cacher ce changement pour préserver à tout prix l’apparente simplicité de la formule. Si l’un.e espère désormais une relation amoureuse et que l’autre ne la souhaite pas, la question n’est plus de tenir le scénario initial : elle est de regarder honnêtement si la relation reste suffisamment bonne pour les deux. Parfois, elle se réajuste. Parfois, la sexualité s’arrête et l’amitié se poursuit. Et parfois, chacun.e a besoin de prendre de la distance.
La santé sexuelle fait partie de l’accord
Connaître une personne ou lui faire confiance ne protège pas, en soi, d’une infection sexuellement transmissible. Parler des moyens de protection, d’une contraception lorsqu’une grossesse est possible, des autres partenaires et du dépistage adapté à ses pratiques fait donc pleinement partie du soin porté à la relation.
Le consentement, lui aussi, se vérifie à chaque rencontre. Avoir déjà eu des rapports ensemble ne crée aucune obligation pour la suite. On peut modifier une pratique, faire une pause ou arrêter sans avoir à fournir une justification parfaite.
S’il y a une chose à retenir…
Il n’existe pas une bonne manière universelle de vivre le sexe entre amis. Ce qui me paraît le plus précieux, c’est que chacun.e puisse rester en lien avec ses envies, parler lorsque quelque chose bouge et entendre la réponse de l’autre. La sérénité ne vient pas de l’absence de sentiments ou de risques : elle se construit dans la possibilité de les nommer, de prendre soin de soi et de l’autre, et de réviser librement ce qui avait été décidé.

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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive. Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.
