Mes plaques sont visibles et je n’ose plus me déshabiller : comment retrouver une place pour le désir ?
Quand le moment de se déshabiller approche, vous pensez peut-être déjà à la lumière, à l’angle sous lequel l’autre va vous voir, à la partie de votre corps que vous voudriez cacher. Et pendant que vous essayez d’anticiper son regard, vous vous éloignez de ce que vous pourriez, vous, ressentir.
Je trouve important de le dire d’emblée : vous n’avez pas besoin d’attendre d’aimer chaque centimètre de votre peau pour retrouver une place pour le désir. Mais il est difficile de se laisser traverser par des sensations quand une partie de soi reste occupée à surveiller ce qui se voit.
Quand une partie de vous observe au lieu de ressentir
Une maladie de peau visible peut modifier bien davantage que l’apparence. Elle peut installer la crainte d’être jugé.e, évité.e ou perçu.e comme moins désirable. Même lorsque l’autre ne manifeste aucun rejet, cette inquiétude peut suffire à déplacer votre attention : au lieu de sentir une main, une chaleur ou une envie, vous vérifiez vos plaques, votre position ou la réaction de l’autre.
En sexologie, on parle parfois de spectatoring : on se regarde vivre le moment au lieu de l’habiter. Ce mécanisme peut freiner l’excitation et favoriser l’évitement. Il ne prouve pas que votre désir a disparu. Il indique surtout que celui-ci manque d’espace pour se déployer.
Reprendre la main sur ce qui est montré
Retrouver de la liberté ne signifie pas vous imposer une nudité complète. Commencez par choisir les conditions dans lesquelles vous vous sentez suffisamment disponible : garder un vêtement, préférer une lumière douce, décider de la position ou du rythme, puis modifier une chose seulement lorsque vous en avez réellement envie. Ces aménagements ne sont pas un échec. Ils peuvent constituer une transition pendant laquelle votre attention revient peu à peu vers vos sensations.
Vous pouvez aussi donner à l’autre une information très simple : « J’ai envie d’être proche, mais j’ai besoin de ne pas sentir que ma peau est observée. » Vous ne devez pas livrer toute votre histoire. L’objectif est de rendre le moment plus lisible, sans demander à l’autre de vous convaincre que vos plaques n’existent pas.
Puis, pendant l’intimité, cherchez un point d’appui concret : la pression d’une main, la chaleur, votre respiration, ce qui est agréable ici et maintenant. Il ne s’agit pas de chasser les pensées sur votre apparence, mais de ne plus leur laisser tout l’espace.
S’il y a une chose à retenir…
Le but n’est pas de réussir à vous déshabiller entièrement. C’est de pouvoir choisir ce que vous montrez, à quel rythme, et de retrouver un corps qui ne soit pas seulement regardé, mais vécu. Si la honte ou l’évitement prennent beaucoup de place, parlez-en à votre dermatologue, à votre médecin ou à un.e professionnel.le de la santé psychosexuelle : l’impact intime d’une maladie de peau mérite lui aussi d’être accompagné.

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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.
