Avec mon endométriose, chaque rapport est devenu une négociation autour de la douleur : comment retrouver un peu de spontanéité ?
Ce que je dis souvent aux patientes qui vivent avec l’endométriose, c’est qu’une sexualité épanouie n’est pas une sexualité où l’on peut tout faire. C’est une sexualité qui correspond à ses désirs et qui procure du plaisir. Pourtant, quand chaque rapport devient une négociation autour de la douleur, cette idée peut sembler bien loin du quotidien. On échange, on ajuste et on anticipe tellement qu’il ne reste parfois plus beaucoup de place pour la surprise.
Oui, il est possible de retrouver un peu de spontanéité. Pas en oubliant la douleur, mais en créant un terrain sur lequel le corps n’a plus à se demander sans cesse ce qui risque de faire mal.
Quand le cerveau surveille, il se laisse moins surprendre
Après plusieurs expériences douloureuses, l’attention peut se mettre à guetter le moindre signe d’inconfort. Est-ce que cette position va convenir ? Est-ce que ce geste peut continuer ? Faut-il ralentir, changer, arrêter ? Ces vérifications sont compréhensibles. Elles cherchent à protéger.
Mais pendant que le cerveau surveille, il dispose de moins d’espace pour se laisser absorber par l’excitation, la curiosité et les sensations agréables. La spontanéité devient difficile, non parce que le désir ou la complicité ont forcément disparu, mais parce qu’une partie de l’attention reste mobilisée par la sécurité.
Mettre certaines pratiques hors jeu, pour un temps
Une piste que je vous propose est de décider que les pratiques ayant déclenché une douleur au cours des dernières semaines ou des derniers mois sont temporairement mises de côté. Si votre sexualité est partagée, cette décision peut être prise ensemble. Il ne s’agit plus de les tester à chaque rapport pour voir si, cette fois, elles passeront.
Cette liste n’est ni définitive ni identique pour tout le monde. Elle peut évoluer avec votre santé, vos envies et les soins reçus. Son intérêt est surtout de rendre le terrain plus lisible : pendant le moment intime, vous savez que personne ne tentera une pratique qui a récemment fait mal.
Garder la surprise du côté du plaisir
À l’intérieur de ce cadre, le jeu peut reprendre de la place. Vous pouvez varier le rythme, le décor, l’initiative ou la façon de vous rapprocher, parmi les gestes et les pratiques que vous connaissez comme agréables. La surprise ne porte plus sur la possibilité d’une douleur. Elle peut revenir dans la manière de se donner du plaisir.
J’aime cette idée parce qu’elle ne demande pas de choisir entre sécurité et érotisme. Le cadre protège ce qui doit l’être, et la créativité peut se déployer dans l’espace restant. Au fil du temps, cet espace peut d’ailleurs s’enrichir de nouvelles pratiques qui procurent du plaisir sans reproduire celles qui font mal.
Et si une douleur apparaît malgré tout ?
Aucun cadre ne peut garantir qu’une douleur ne surgira jamais. Pouvoir arrêter, modifier le moment ou passer à autre chose reste essentiel, sans en faire un échec. Si les douleurs persistent, augmentent ou limitent fortement votre vie intime, elles méritent aussi d’être discutées avec un.e professionnel.le de santé.
S’il y a une chose à retenir…
Retrouver de la spontanéité avec l’endométriose ne signifie pas faire comme si la douleur n’existait pas. Cela peut commencer par retirer temporairement du terrain les pratiques qui ont fait mal, pour que le cerveau cesse d’attendre le danger à chaque geste. La spontanéité peut alors revenir là où elle est la plus précieuse : dans le jeu, l’envie et la découverte de ce qui vous fait du bien.

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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
Une approche scientifique, positive et concrète de la santé affective, relationnelle et sexuelle.
Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
L’approche SexoPositive invite à mieux comprendre les difficultés sans les réduire à une fatalité. Elle encourage chacun.e à s’appuyer sur ses ressources ainsi que sur les connaissances scientifiques et des repères concrets pour construire une vie intime qui lui ressemble.
Cette philosophie guide l’ensemble des contenus développés par SexoPositive et repose sur des valeurs de bienveillance, de respect, d’inclusivité et de rigueur scientifique.
