Peut-on aimer sincèrement son ou sa partenaire et quand même le ou la tromper ?
Découvrir une infidélité peut faire vaciller bien plus que la confiance. Ce que l’on croyait savoir de son couple, de l’autre et parfois de soi semble soudain incertain. Une question revient alors avec force : « Si cette personne m’aimait vraiment, comment a-t-elle pu me faire cela ? »
Au fil des consultations autour de l’infidélité, j’ai pu constater qu’il est possible d’aimer sincèrement son ou sa partenaire et de le ou la tromper. Cette réponse ne diminue ni la rupture de l’accord du couple, ni la douleur qu’elle peut provoquer. Elle permet simplement de ne pas confondre un comportement, même lourd de conséquences, avec la totalité d’un sentiment.
L’amour n’empêche pas toutes les contradictions
Aimer, se sentir engagé.e et agir de façon cohérente avec cet engagement sont des réalités liées, mais pas identiques. Une personne peut éprouver de l’attachement, de la tendresse ou le désir de poursuivre son couple, tout en recherchant ailleurs de la nouveauté, de la validation, une sensation de liberté ou une expérience sexuelle différente. L’infidélité peut aussi survenir dans un contexte de colère ou de distance relationnelle, sans que l’absence d’amour soit la motivation principale.
Quand je creuse cette question en consultation, parce que le couple ou l’un de ses membres cherche à comprendre ce qui s’est passé, je constate combien les raisons sont diverses. Elles peuvent être personnelles, relationnelles ou contextuelles. Et lorsque je mets ce travail clinique en regard des recherches, le même constat apparaît : les motivations sont multiples et complexes. L’équation « infidélité égale absence d’amour » est bien trop simpliste.
Comprendre ne signifie pas excuser
Ce qui me paraît essentiel ici, c’est de maintenir ensemble deux vérités. L’amour a pu être réel, et la trahison l’est aussi. Dire « je t’aime » ne répare pas le secret, ne rend pas la blessure moins légitime et ne dispense pas d’assumer ses choix.
L’infidélité ne se définit d’ailleurs pas seulement par un geste sexuel. Elle correspond à la transgression d’un accord explicite ou implicite concernant l’exclusivité sexuelle ou affective. Dans une relation non monogame consentie, avoir plusieurs partenaires n’est donc pas en soi une tromperie. Ce qui compte, ce sont les accords construits ensemble, le consentement et leur respect.
La question décisive concerne aussi la suite
Si vous avez été trompé.e, vous n’avez pas à décider immédiatement si l’amour de l’autre était « vrai », ni à pardonner parce que cette personne dit encore vous aimer. Je vous propose plutôt d’observer ce qui se passe maintenant : reconnaît-elle clairement la transgression, sans vous en rendre responsable ? Peut-elle entendre ses effets sur vous ? Accepte-t-elle de reconstruire des limites précises et de poser des actes cohérents dans la durée ?
Si vous êtes la personne qui a trompé, comprendre votre motivation peut aider à éviter une répétition, à condition que cette explication ne devienne pas une justification. Lorsque les partenaires souhaitent poursuivre leur relation, rétablir la confiance demande souvent du temps, des échanges répétés et des actes observables. Un.e thérapeute de couple ou un.e sexologue peut soutenir ce travail. Rester ensemble, se séparer ou prendre du temps sont trois choix légitimes.
S’il y a une chose à retenir…
On peut aimer sincèrement et agir à l’encontre de ce qui protège la relation. L’amour ne suffit donc ni à garantir la fidélité, ni à réparer ce qui a été blessé. Pour choisir la suite, il peut être plus fécond de se demander si la responsabilité, la sécurité et la confiance peuvent retrouver une place, sans vous obliger à nier l’amour qui a existé ni la trahison que vous avez vécue.

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À propos de l’auteure
Une expertise clinique, universitaire et scientifique au service de la santé sexuelle et relationnelle.
Cet article a été rédigé par Alexandra Hubin, fondatrice de SexoPositive, docteure en psychologie, sexologue clinicienne, responsable académique du Master en sexologie de l’UCLouvain et membre du comité d’éthique de la Société des Sexologues Universitaires de Belgique.
Depuis plus de vingt ans, elle accompagne des personnes autour des questions liées à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Elle partage aujourd’hui son activité entre la pratique clinique, l’enseignement et le développement de SexoPositive.
Alexandra a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la santé sexuelle et intervient régulièrement dans les médias.
À propos de SexoPositive
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Fondée par Alexandra Hubin, SexoPositive est née de la volonté de rendre les connaissances scientifiques en santé affective, relationnelle et sexuelle plus accessibles, plus concrètes et directement utiles, aussi bien dans la vie quotidienne que dans la pratique clinique.
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